"Je suis nouée"

Te souviens-tu ? 
Quand tu rentrais du travail? Quand tu venais t'adosser contre moi, dans mes bras pour retrouver un peu de sérénité après le stress du travail?
Quand tu babillais sans que je puisse dire un mot?
Quand chacun et chacune en prenait pour son grade quand tu racontais leurs erreurs, leurs paresses ou leurs incompétences? 
Tu te tournais vers moi de temps en temps pour guetter une approbation dont tu n'avais rien à faire puisque tu continuais ton babillage. 
Je te disais souvent en plaisantant que tu avais besoin de parler pour respirer. Avec le recul, je me demande si ce n'était pas vrai.

Une fois ton sac vidé, tu te lovais plus profondément contre moi. 
"Je suis nouée, disais-tu, masse mes trapèzes".
Bien sur, je m'exécutais.
Je te sentais fondre contre moi, ta tête penchée de côté parfois. Les yeux fermés.
De temps en temps, tu tournais ton visage vers le mien pour demander un baiser. Que je t'accordais volontiers. Ta langue impatiente se battait avec la mienne. Tu avais besoin d'affection quand tu rentrais le soir.

Une fois les trapèzes dénoués, et quand les baisers se faisaient plus longs, mes mains passaient sous ton pull. Souvent, il était à même la peau, à même ton soutien-gorge. Mes mains passaient sur ton corps, s'insinuaient entre le tissu et la peau. 
Par jeu tu faisais une moue réprobatrice qui ne trompait personne, ni toi, ni moi. Quand mes massages se faisaient là où tu le voulais dès le départ en fait, je sentais ton corps se cambrer, tes baisers devenir plus passionnés, ta respiration s'accélérer. 
Parfois tu me prenais une main et l'emmenais vers une autre contrée, chaude, déjà moite, impatiente de caresses plus hardies.

Ces massages et caresses n'étaient que le prélude à des moments plus torrides sur ce canapé. 
Tu avais faim de vie. Tu avais faim d'amour. Tu étais si désirable qu'il était impossible de te résister. 
Sous cet air de petite fille modèle il y a avait une femme avide de caresses tendres ou salaces, d'étreintes calmes ou plus bestiales, de jouissances de toutes sortes. Tu n'arrêtais qu'une fois ta faim assouvie, qu'une fois la mienne satisfaite.

C'était presque un rituel de fin d'après midi, après le travail. Il revenait régulièrement. 
Il commençait toujours par le fameux "je suis nouée". 
Nos savions tous deux ce qui se cachait vraiment derrière ce constat anodin.

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