Histoire d'un aller pas simple - Jour 39

Contrainte : cafélapin clé colliervague • havre • chatdessinvin

Histoire d’un aller pas simple

Vous avez cinq minutes ?
Allez, cinq minutes, c’est pas la mer à boire cinq minutes. Je profite que vous passiez par là pour vous raconter un truc bizarre.
Vous allez voir, entendre plutôt, et me donner votre avis. Je suis curieux de le connaître.
Asseyez-vous. Prenez vos aises. Un café ? C’est de bon coeur. Dans le ch’nord, nous avons toujours un café qui chauffe pour les visiteurs.
Vous êtes bien ?
Bon, j’y vais.
Ce matin, un lapin… Non, je ne vous chante pas la chanson !
Donc, ce matin un lapin est venu dans mon jardin alors que, comme à mon habitude, je saluais le lever du soleil en arrosant les buissons d’une manière naturelle. Tout en essayant d’écrire mon prénom dans la neige fraîche (ici aussi, il a neigé) j’arrivais au moment crucial du point sur le i, exercice compliqué parce qu’il faut interrompre le jet et bien viser pour placer le point correctement, je remarquais que ce lapin avait un collier.
Tiens, me dis-je, ce lapin a un collier ! Ce qui dénote chez moi un esprit d’observation poussé, une curiosité naturelle et cette convivialité qui veut vous faire partager sa découverte.
Ce collier avait un anneau qui portait une clé.
Tiens, me dis-je, ce collier porte une clé. Toujours ce sens aigu de l’observation.
Le lapin a bondi m’obligeant à me tourner pour le suivre du regard. Mâle et diction ! En tournant le jet a barré mon prénom au lieu de le souligner. Gott Verdom, m’écriais-je, étant polyglotte émérite. La journée commençait mal.
Je remets la plume dans son étui et je cherche le lapin du regard.
Ouille,plus de lapin ! Médor,mon chat - Oui, je l’ai appelé Médor. Ca embête quelqu’un ? - avait attrapé le lapin ! Je ne vous fais pas un dessin. Vous savez ce que font les chats à qui on ne donne qu’une croquette par jour pour les mettre au régime ! Donc Médor était en train de boulotter Bunny. Tranquille.
Je récupère le collier avec sa clé. Dessus, il y avait gravé comme des lignes ondulées, comme des vagues. Je regarde un peu mieux.
En fait, ce qui semblait être des simples lignes dessinées étaient des suites de lettres qui devaient former des phrases, mais écrites si petites que je ne pouvais pas les lire. J’ai une loupe à la cuisine. Je ne sais plus pourquoi faire mais elle est là. Sur la cheminée. Je trouve que ça fait joli à côté du chien qui remue la tête.
Je la prends, m’assois à la table et pose la clé. Il vaut mieux pour lire. Avec l’âge et peut-être un peu le vin, j’ai un léger tremblement. Je mets la loupe dessus et je commence à déchiffrer en lisant à voix haute :

“Taitrokonsitutienpalaclai anmêmetant”

Pouf ! Un grand nuage blanc ! Je disparais ! La loupe tombe sur la table !
"Pute Vierge !", m’écriais-je, vague reste d’une vieille éducation religieuse, que se passe-t-il ?
Je me retrouve dans une salle sombre, entouré d’autres hommes qui me regardent anxieusement. Ils se répètent l’un, l’autre ! “A-t-il la clé ? A-t-il la clé ?”
L’un deux, plus hardi, me demande : “As-tu la clé ?”
Décidément, c’est l’obsession du moment !
“Non, elle est restée sur la table !” lui dis-je
A ces mots, c’est lamentations, même si les murs de la pièce sont encombrés.
“Et quoi, je savais pas moi qu’il fallait la garder avec moi !
— Nous non plus, c’est pour ça que nous sommes toujours enfermés ici. La clé sert à ouvrir cette porte massive que tu vois là !
— Cette porte à côté de la fenêtre ouverte ?
— Oui. Sans la clé on ne peut pas l’ouvrir et si on ne peut pas ouvrir, on ne peut pas sortir.
Parce que pour sortir il faut ouvrir la porte ?
Ben oui ! Par où veux-tu sortir ? Est-il bête celui-là ! Dit-il alors que tous les autres opinent du chef !
Ben par la fenêtre ouverte. On est au rez-de-chaussée si j’ai bien vu !
Par la fenêtre, s’écrient-ils tous ! Ce mec est un génie ! Pas un de nous n’y a pensé. Et ça fait un bail que l’on est là !
Bon kenavo ar wech’all, leur dis-je en sortant, bien le bonjour chez vous !”

Je m’avance un peu et croise un pékin qui avait l’air du cru.
“Hola pékin, le hélai-je, où sommes-nous ?
Ben ici !”, me répondit-il
Mince, ça doit être un de la cahute qui a du sortir ! Il ne risque pas de me répondre ! Mais pris d’un doute je lui demande quand même :
“ Mais où, ici ?
Ici, au Havre !
Merci Pékin !”

L’enfer sur terre : Le Havre, en pleine Normandie ! Loin de la civilisation. Déjà beau qu’ils comprennent le français. Allez, vite trouver la gare et se sauver d’ici !

Voilà étranger toute l’histoire d’un aller sans retour facile et des dangers d’être trop curieux. Notez bien tout cela. Ca vous servira peut-être un jour si on vous demande des histoires à dormir debout.

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