La femme de ma vie - Jour 41

Contraintes : Citron   Clair   Clef   Clous   Comme   Contraires   Contre-allée   Cordes  Cour

La femme de ma vie

Il pleut des cordes.
Attablé à la terrasse du café Contre-Allée, je regarde les gouttes d’eau tomber sur le sol. J’écoute la pluie faire des claquettes.
Comme d’habitude, j’ai ma cour autour de moi. Ça papote, ça rit, ça crie, ça vit. Je n’entends rien. Je pense à Elle.
Elle qui vient de me quitter en me rendant sa clef.
C’est clair que je l’avais dans la peau.
Autour de moi, ils continuent à faire la fête, à boire, à chanter. Je suis ailleurs. Ils me parlent sans que je les entende. Je suis ailleurs. Je fais bonne figure mais c’est un double de moi qui est là. Moi, je suis ailleurs. Bien ailleurs.
Oui, je l’ai dans la peau. Pourtant elle est la somme de tous mes contraires : sérieuse, prude, amoureuse, fidèle. Je ne suis rien de tout cela. Elle est le Ying de mon Yang, la blancheur de ma noirceur, la pureté de mes péchés. Oui, tout l’opposé de moi.
Comment l’ai-je rencontrée déjà ?
J’enfonce mon morceau de citron dans le col de ma bouteille de Corona et j’essaie de retrouver cet instant dans ma mémoire.
Ah oui ! C’était au supermarché. Je bricolais chez moi et j’avais besoin de clous. Sans le faire exprès, nous avions saisi en même temps le même sachet sur l'étagère. Le contact de sa main froide sur la mienne, chaude, avait produit comme des étincelles. Dans ma tête au moins.
Inexplicable.
Mystérieux.
J’ai bredouillé, moi, si sûr de moi habituellement. J’ai cherché à m’excuser, ce qui m’a fait paraître encore plus ridicule. Elle a souri, de ce sourire merveilleux qui illumine à chaque fois son visage. Ma maladresse l’a attendrie je pense. Je me suis ressaisi et l’ai invitée à prendre un café. Elle a hésité, m’a regardé, vu un homme un peu ridicule et intimidé. Cela a dû la rassurer, je n’ose dire lui plaire. C’est comme ça que cela a commencé.
De fil en aiguille, notre relation est devenue plus sérieuse. Je me suis consacré à elle, à la séduire, à la conquérir. Donc à devenir quelqu’un qui lui plaise.
Mais on ne peut pas changer comme ça. J’ai besoin de la fête, du bruit, des copains. Elle, c’est le calme, le foyer, le cocooning romantique.
Forcément, j’ai repris mes habitudes.
Forcément, cela ne lui a pas plu.
Forcément, cela a abouti à ce qu’elle me quitte.
Je l’oublierai, belle parenthèse de ma vie, mais je l’oublierai. Ou pas.
Je ne sais pas.

Pour le moment, je suis seul, entouré de mes copains, mais seul. Les heures à venir vont être longues.

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