Les Gremlins

Jour 58
Contrainte : Raconter une nuit blanche

Les Gremlins


J’ai toujours bien dormi. Je dois même avouer que j’ai une réputation de bon dormeur. Très bon dormeur. Il faut dire que des années de navigation sur des navires de toutes tailles m’a appris à dormir quel que soit ce qui se passe dans le monde éveillé. Dormir sanglé dans un lit parce que ça tangue et roule de folie permet ensuite de ne plus entendre quoi que ce soit quand on dort.
Donc habituellement, je dors. J’en écrase même.
Mais là ce soir, pas moyen. Non pas que je n’ai pas sommeil, non, mais il y a quelque chose qui me tient éveillé.
Il y a un bruit étrange ce soir. Pas un gros bruit. Non. Un genre de grognement qui vient parfois, puis une plainte qui se prolonge et glace le sang. Je n’ai pas peur. Il y a longtemps que je ne crois plus aux monstres de dessous du lit ou dans le placard mais là il faut dire que ça commence à m’agacer. Je vais dire ça comme ça.
Ce qui est étrange, c’est que dès que j’allume, le bruit cesse. Il est bientôt une heure du matin et je n’ai pas trouvé l’origine de ce bruit. Dans le noir, ce n’est pas facile de localiser la provenance d’un son. Surtout quand il n’est pas habituel.
Je me suis déjà levé plusieurs fois. J’ai été ridicule, le derrière en l’air pour regarder sous le lit. Passé un sacré bout de temps à chercher une lampe pour y voir quelque chose. Rien sinon quelques moutons étonnés qu’on leur rende visite à cette heure avancée de la nuit et une araignée, signe de maison saine parait-il.
Je trouverai.
Cette fois-ci j’éteins sans être couché. Je vais essayer de me déplacer dans le noir pour trouver. Le bruit recommence. Sur ma droite ou sur ma gauche ? C’est sourd. Ça glace le sang. Rien à faire ! Je n’arrive pas à me concentrer et à voir d’où cela vient. Quelle heure est-il ? 3 heures du matin. Je me lève à 5 heures ! Je vais être frais ce matin et nous appareillons à 8 heures. Pas moyen de dormir avant minuit ce soir. La journée va être longue.
Je vais boire un verre de lait en bas et je vais essayer de me coucher quand même.
En buvant, je décide de faire un tour complet de la chambre avant de me coucher.
Je remonte et méthodiquement regarde sous le lit, les fauteuils, la commode, enfin tous les meubles de la pièce. Rien. J’ouvre même les tiroirs, mais qu’est ce qu’il pourrait y avoir dedans.
J’ouvre les placards et la penderie. Le linge est bien rangé à sa place. J’aime bien que tout soit bien mis par type et bien aligné. Rien d’anormal.
Pendant cette inspection, aucun bruit. Normal, il fait jour.
J’éteins en restant debout. Très rapidement le gémissement reprend. Non ! Je ne pourrais pas dormir ! Ce n’est pas possible. Je regarde l’heure : il est trop tard pour dormir ! Je ne me réveillerais pas si je m’endors maintenant et il faut que je regagne absolument le bord tout à l’heure : il n’est pas envisageable de rater l’appareillage.
Je déjeune rapidement, consistant comme à mon habitude, la mer ça creuse l’appétit. Je prends ma douche et fais ma toilette puis remonte pour m’habiller dans ma chambre.
J’ouvre la porte du placard et tire le tiroir à chaussettes.
Surprise, je vois d’abord la tête de Madonna, la chatte de la voisine qui apparaît ! Ça y est je crois que j’ai trouvé l’origine du bruit ! Comment est-elle arrivée là et pourquoi n’a-t-elle pas miaulé normalement pour sortir ? La dizaine de petites boules de chair à côté d’elle m'a fait comprendre le pourquoi de ses feulements sourds et ses silences quand la lumière se rallumait. Elle n’a rien trouvé de mieux que de venir mettre au monde ses petits chez moi. Et par là même me tenir éveillé toute la nuit. Merci Dame Nature.

Il va me falloir réveiller ma voisine avant de partir. Elle va encore m’ouvrir à moitié nue. Dommage que je doive partir, nous aurions pu nous occuper de sa chatte longuement tous les deux.




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