Histoire de Fée

Jour 75

Contrainte : légèreté - ondine - bottines - échanges - messe basse - clapotis - - regard - arabesque

Histoire de Fée

Il y a quelques années, j’écumais la Bretagne à la poursuite de ses légendes. J’ai fait de belles rencontres, vu de beaux sites mais rarement été confronté à l’étrange ou au merveilleux.
Rarement, cela ne va pas dire jamais lecteurs ou lectrices incrédules. Il m’est arrivé plus d’une fois d’assister à des choses troublantes. Il me vient en mémoire une anecdote à ce propos.
C’était en forêt de Brocéliande. Je voulais voir ce lieu empreint de la légende Arthurienne et j’étais sorti de ce hâvre de félicités de Notre Finistère pour m’aventurer dans les Côtes du nord qui allaient s’appeler les Côtes d’Armor bien plus tard.
Je me baladais, le coeur ouvert à l’inconnu, j’avais envie de dire bonjour à n’importe qui et n’importe qui ce fut une femme, cette femme. Elle était près d’un lac où je m’étais endormi un peu plus tôt. Elle avait son regard fixé sur l’eau du lac. Malgré le clapotis elle semblait contempler son visage.
Encore une frapadingue qui aime se regarder dans le miroir de l’eau. Avec légèreté et sans que mes bottines fassent le moindre bruit je me suis approché d’elle. Elle murmurait doucement, d’une très faible voix. Quelle est cette messe basse ?, ai-je pensé !
“Bonjour, belle ondine, lui lançais-je fort urbain et dragueur (on ne sait jamais !), que faites vous céans assise sur votre séant ?
–Mon doux seigneur, je procède à l’appel !”
Elle m’appelle son doux seigneur, chic, je suis tombé sur une chaudasse !
“Quel appel ? Nous ne sommes pas le 18 juin même si j’ai deux gaules, une dans la voiture et une autre…
–L’appel de l’eau, m’interrompit-elle
–L’appel de l’eau ?”
Je dois avouer que nos échanges commençaient à me perturber. Il n’y a personne dans cette forêt et il faut que je tombe sur un lac qui n’est pas sur la carte et une nana qui raconte n’importe quoi ! C’est bien ma veine !
“Oui, je dois procéder à une lustration et j’ai besoin de l’aide de l’eau !
–Vous voulez lustrer vos chaussures ? Mais ça ne se fait pas avec de l’eau voyons, mais avec du cirage !
–Je ne veux pas lustrer mais faire une lustration, une purification de ce lieu. Il y a une souillure qui ne veut pas disparaître malgré mes incantations !”
Je ne sais pas si il y a de la pollution ici mais si il y en a elle ne partira pas avec des incantations ! Il va falloir utiliser l’huile de coude ma fille, pensais-je !
Pendant que je réfléchissais, je la voyais décrire des arabesques dans l’air avec ses mains, lentement d’abord puis de plus en plus vite.
C’est une rappeuse, voilà ce qu’elle est, me dis-je, c’est bien ma veine, je me balade et je tombe sur une parisienne !
D’un seul coup, une épée bondit hors de l’eau et arriva dans ses mains !
“Mortecouilles, m’écriais-je tout haut, quelle est cette diablerie ! Avec mon pot, je suis tombé sur une tueuse en série !
–Mon doux Seigneur, me dit-elle, j’ai Excalibur, l’instrument de purification, voulez-vous vous en saisir et commencer votre oeuvre  ?
–Pas de ça Lisette ! Je ne tiens pas à être mêlé à une sombre histoire !
–Je ne m’appelle pas Dame Lisette mais je suis la Fée Viviane, La Dame du Lac !
–Oui, et moi je suis Oui-Oui et ma voiture est garée plus loin ! La Dame du Lac et puis quoi encore !
–Excusez-moi monsieur Oui-Oui, je vous ai confondu avec Arthur. Je reviendrai !”
Et voilà-t-y pas qu’elle disparaît en volutes bleues, parce que Dieu est un fumeur de havane, elles forment un genre de tourbillon qui m’enveloppe puis se dissolvent dans l’eau. Il se fait un grand bruit, genre coup de fouet : SCHLACK ! et voilà le lac qui disparaît !
Plus rien ! Que tchic ! Nada ! Des arbres qui bruissent doucement !
J’ai mis ça sur le compte du Chouchen qu’on m’a servi à l’auberge-bar-crêperie tout à l’heure et j’ai continué ma balade pensif.
Au retour, je me suis arrêté prendre un café. Le patron m’a regardé, m’a servi et m’a dit :
“Vous, vous avez rencontré Viviane !
–Comment savez-vous ça ?
–Depuis que l’histoire d’Arthur est devenue une légende, elle s’ennuie. Alors de temps en temps quand un visiteur passe, elle fait apparaître son lac et entame un bout de causette !
–Mais comment avez-vous deviné ? Jamais je ne parlerai de ça !
–Alors passez au cabinet de toilette et débarbouillez-vous, sinon tout le monde saura que vous l’avez vue !”
Qu’est-ce qu’il racontait le péquenot ? Je suis allé quand même faire rugir le colosse et en me lavant les mains j’ai levé le regard et me suis vu dans le miroir. Mon visage était constellé de traces de baisers, du rouge à lèvres partout ! Et dur à faire partir en plus ! Je compris comment il avait su que je l’avais rencontrée.
Pinaize, c’est bien ma veine ! Je suis tombé sur la Fée bisous ! J’aurais pas pu tomber sur la Fée Lation !

Pas de chance !




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